Publié par : malorossi | 10/12/2010

4000 Islands

La journée de récup à Paksé est plus animée que prévue. Notre quête d’imodium nous mène à travers la ville en passant par le centre commercial du coin, temple de la consommation  de produits made in China. En fin de journée, nous recroisons Anne-Line et Vincent, nos deux routards venus d’Inde. Nous partons vers les restaurants de bord de Mékong , accompagnés de Fréderic, la quarantaine argentée et doté d’un putaing d’accent du sud.

Musique Lao à fond, lumières plus que tamisées, nous sommes les seuls falangs à des kilomètres à la ronde. Les filles doivent aller en cuisine pour désigner du doigt ce que  nous souhaitons manger, car tout est ici rédigé en Lao. Nous héritons de poissons pas cuits, d’un riz collant étouffe bouddhistes et de racines loin de nous donner des ailes. Une catastrophe gastronomique. Heureusement, la BeerLao nous remplit l’estomac pendant que les esprits se nourrissent des anecdotes de vie de chacun.
Du haut de leur vingtaine, Anne-Line et Vincent, vivent une existence digne des meilleurs romans d’aventure. Nous avons hâte de connaître les futurs chapitres qui devraient se dérouler au Vietnam, où ils comptent s’installer quelque temps. Le pays est d’après Vincent en plein essor concernant la production et l’exploitation du bois. Une bonne opportunité pour l’ébéniste qu’il est.
La  soirée se prolonge en terrasse d’un petit commerce fermé. Les rues sont désertes comme si un couvre-feu avait réduit la ville au silence. Il est 1 heure passé lorsque nous rejoignons notre guesthouse. La nuit s’annonce courte. Demain, nous partons tôt pour les 4000 islands à la pointe sud du Laos.

A près un peu plus de 2 heures de route, nous embarquons chargés comme des mules sur une pirogue et traversons le Mékong pour atteindre Don Khong, la plus grande île de l’archipel. Tout est relatif. 2 villages regroupent la majorité des 13 000 habitants du coin. Nous séjournons à Muang Khong, capitale du district qui se résume à deux rues perpendiculaires. 

Nous louons deux vélos ancestraux à une dame du même âge, avec l’intention de faire le tour de l’île. Au premier coup de pédale, la chaîne du cyclo de Karine déraye. C’est donc avec prudence que nous nous élançons sur les routes et sentiers cabossés de Don Khong. Très vite, la forte chaleur et surtout un mal aux fesses insupportable viennent à bout de nos plans. On se contentera de  la petite boucle de 3 heures largement suffisante pour apprécier les premiers vrais sourires des femmes et surtout des enfants laotiens qui redeviennent des mômes curieux et pétillants.  Comme cette gamine qui saute sur le porte bagage de Karine pour parcourir quelques centaines de mètres jusqu’à son amie qui l’attend un peu plus loin. Sur la route chaotique, le tandem a de la gueule.

En soirée, notre balade digestive nous pousse au milieu de la fête locale. Demain aura lieu une course de pirogues célèbre dans tout le Laos et l’île profite de l’événement pour sortir les stands de chamboule-tout et autres animations qui semblent réjouir les laotiens venus en famille. Au bout de la route, une scène accueille un concert visiblement organisé par le parti communiste laotien. Malgré les efforts du chanteur accompagné de ses danseuses et de ses musiciens, les chaises installées devant eux restent désespérément vides. Comme nous, le maigre public reste quelques instants à l’extérieur de l’enceinte, avant de poursuivre son chemin. Un peu plus loin, trois jeunes occidentaux en tong, t-shirt et lunettes noires improvisent un mini-concert. Ca braille, ca rigole, un laotien d’un certain âge entame une danse improbable qi déclenche l’hilarité générale. Ne cherchez pas, les nouvelles stars du coin, c’est assurément ces 3 petits gars.
Le lendemain, nous reprenons une pirogue pour descendre un peu plus au sud du Mékong, sur Don Khnon que nous atteignons une heure trente plus tard. 

Don Khon est plus petite que l’île que nous venons de quitter. Notre bungalow en bambou est également plus roots, avec eau froide et cafards triathlètes (courant, volant et nageant) à volonté. Si Don Khong appelait à la quiétude, Don Khon s’avère encore plus calme. Jamais la vie n’a autant été un long fleuve tranquille bercée par le Mékong. Après une balade de 2 heures à pieds du nord au sud de l’île, nous terminons cette journée avec un diner en tête à tête. Normal, nous sommes les seuls clients du restau. Les rues restent désertes jusqu’à l’arrivée d’un peloton d’adolescents laotiens qui pédalent en direction d’une grande fiesta qui a lieu pile en face de notre bungalow. Si la musique s’arrête à 23h, notre nuit est bercée par les bavardages et les rires alcoolisés de la jeunesse locale. Il en faudrait plus pour nous empêcher de dormir armés de nos fidèles boules-Quilès.
7 heures du matin, tout le Laos semble déjà réveillé. C’est le jour de la grande course de pirogues qui a lieu à côté de Don Khong. Ce sera sans nous. Lors de notre passage sur l’île, nous avions assisté aux entrainements rythmés par les râles collectifs des rameurs.

Nous louons deux vélos pour la journée et commençons par une virée vers les impressionnantes chutes d’eau de Li Phi à la pointe ouest de l’île. Arrivés tôt, nous profitons de la beauté du site et de la gentillesse des femmes qui tiennent les quelques échoppes présentes. Soudain, des hordes de Vietnamiens et de Thaïlandais déboulent avec leurs masques chirurgicaux et leur mauvais poil, se bousculant pour prendre la pause à 10 devant une cascade, goûtant les noix de coco fraiches à la paille (la spécialité de Don Khon) avant de partir sans payer les jugeant pas à leur goût. La petite vendeuse visiblement habituée à ce rituel, ne perd pas son joli sourire et nous fait un petit signe pour montrer le fond de sa pensée. Il est grand temps pour nous de partir et de franchir le pont français qui enjambe le Mékong pour se rendre sur la petite île de Don Det, réputée plus festive.
Rappelons au passage que la France n’a pas laissé que des mauvais souvenirs au Laos, elle a aussi laissé des ponts et autres infrastructures qui servent toujours 60 ans plus tard.

Les amoureux de Bob Marley et de ses racines apprécient généralement la petite île de Don Det. Allez savoir pourquoi ? Les gens ici arborent de jolis sourires, locaux comme voyageurs. On apprécie les hamacs en bordure de Mékong et la musique qui fait pousser les dreads. Après un happy meal, nous décidons de migrer sur Don Det pour reprendre quelques forces. L’ambiance ici doit ressembler à celle de Bali dans les années 70, avant l’invasion. Vivre chez l’habitant n’est pas ici qu’un concept touristique, la vie du village se déroule normalement et la présence des voyageurs s’y dilue naturellement.  Pourvu que Don Det sache préserver cette magie tout en profitant des revenus du tourisme. 


Réponses

  1. Ca y est, le blog a repris du service !!! Je manque desormais d’entraînement pour ouvrir les hostilités des joutes verbales avec Denis, alors je ferai dans le soft !
    Ca fait du bien de voir le soleil darder ses rayons sur vos jolis minois tandis que je cherche désespérément une paire de raquettes pour aller bosser (15 cm de neige ici en l’espace de 6 heures)…Du jamais vu depuis plus de 20 ans ressassent les médias à grand renfort de témoignages de naufragés de la route…
    On ne compte plus les voitures échouées dans les fossés et les camions en portefeuille sur le bord des routes…Tandis que d’autres ont passé la nuit dans leur Fiat Panda en attendant une dameuse qui jamais n’arriava…L’APOCALYPSE j’vous dis !!!
    En clair, vous avez bien choisi votre moment pour partir…
    C’est cool de pouvoir se replonger quelques mois en arrière et de lire vos Aventures et le mot semble bien pesé !!!
    Méfies toi Karine je crois qu’il y a un chaïen (un truc a quatre pattes fruit du croisement entre un pingouin et un amortisseur) qui est entrain de descendre ta pinte !!!
    On attent impatiemment le prochain post en espérant que la dictature n’aura pas raison de vos velléités bloggeuses.
    La bise !!!

  2. le peuple vaincra ! La censure a bon dos parfois et permet de masquer les bugs techniques et autres erreurs de manip ;)
    Ca a l’air sympa chez vous avec tout ce blanc. On rêverait preque d’un peu de fraicheur… mais un peu seulement. Des bises

  3. Quel plaisir de vous retrouver les jeunes avec vos talents divers et variés. (associé aux réparties de Christophe, toujours en forme semble t’il) Pas le temps de renvoyer la balle : nous profitons du chasse-neige qui nous ouvre la voie provisoirement pour les achats de noel, ensuite, retour dans notre igloo normand ! A +


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