Nous entamons notre voyage vers Vientiane à bord d’un bus couchettes. Les lits d’une place et demie, prévus donc pour une personne et sa moitié, sont agrémentés de parures ambiance Bisounours et Mickey. De quoi faire de beaux rêves malgré le roulis et les secousses.
A 5 heures 30 du matin le lendemain, nous arrivons comme prévu à Vientiane. La nuit et le froid nous cueillent à la sortie en même temps que les rabatteurs des tuks-tuks. La station de bus se trouve à environ 13 kms du centre et nous allons devoir négocier dur pour rejoindre le centre ville sans se faire plumer.
Après les premières offres rédhibitoires, on trouve enfin un chauffeur prêt à faire sa BA de la journée. Nous partons cheveux au vent à travers les rues désertes de la capitale Laotienne.
Arrivés dans le centre, impossible de dégoter une chambre. Les hôtels affichent complet à cette heure bien matinale car les clients de la nuit dorment encore. Nous nous rabattons sur les boulangeries françaises de la rue qui commencent à ouvrir leurs rideaux de fer.
Viennoiseries et tartines à peine englouties, nous posons nos sacs dans une chambre miteuse. La fatigue et l’empressement ont eu raison de notre vigilance. La salle d’eau est crade, la tuyauterie à la ramasse (le dentifrice recraché dans l’évier finit directement sur nos pieds, même plus besoin de savon…), et l’eau chaude fait automatiquement sauter les plombs. Quant au lit, il va falloir faire avec un sac e riz en guise d’oreiller et un matelas défoncé. Pour 6 euros la nuit, on décide de ne pas faire les difficiles.
Vientiane a beau être la capitale du Laos, nulle trace de la frénésie des grandes villes asiatiques. Les Phnom Pen et autres Bangkok sont bien loin. Vientiane cultive un certain art de vivre à l’image du reste du pays. On se balade tranquillement sans jamais être sollicités. Il n’y a que les chauffeurs de Tuks-tuks pour nous héler du bout des lèvres. Pas de « massage, cheap cheap », de « one costume for you sir ? » sur notre passage, l’accès à certaines boutiques est même parfois rendu impossible à cause du bardas entassé à l’entrée. Les laotiens n’ont décidément pas le sens du commerce.
Une petite balade à pieds nous fait découvrir les grandes artères de la ville avec leur lot d’édifices peu édifiants. Au retour, nous nous perdons dans les ruelles de Vientiane à cause d’une vieille technique d’orientation dite du « on va faire court, on va couper tout droit ». 2 heures plus tard, nous retrouvons enfin nos quartiers, juste à temps pour tomber nez à nez avec Vincent (croisé à Paksé avec Anne-Line) qui se rend à un entretien pour un job d’ébéniste chez un artisan de la ville. Pressés, on a juste le temps de se donner rendez-vous à Luang-Prabang dans quelques jours.
Un peu plus loin, une tentative de connexion à Internet dans la cour d’une école primaire se transforme en bain de foule. Les gamins se découvrent à l’écran grâce à la webcam de l’ordinateur… et en à peine deux minutes, c’est un beau chahut qui s’installe autour de nous.
En parlant de rencontre, cet après-midi, nous avons rdv avec la jeune laotienne dont je suis le parrain depuis quelques mois. Grâce à l’association enfants du Mékong, Moukmany peut suivre sa scolarité comme n’importe quelle petite fille de 10 ans. L’organisation de cette rencontre est quelque peu chaotique et au dernier moment, on comprend que Karine ne pourra pas être présente. La coordinatrice de l’association censée venir nous chercher se présente en effet au rdv en scooter … pas évident de rouler à 3 adultes sur un deux roues.
La rencontre avec Moukmany se déroule dans un foyer d’une communauté chrétienne sur laquelle les Enfants du Mékong s’appuient pour agir auprès des familles déshéritées. Pour la petite histoire, l’association est clandestine au Laos car l’Etat ponctionne 40% des dons des associations officielles qui interviennent au Laos. Evidemment sans aucune intention de redistribuer le moindre kip en faveur de la population. La minorité chrétienne n’étant pas dans les petits papiers du pouvoir en place, sa discrétion est assurée.
Moukmany est accompagnée de sa maman et de sa petite sœur, une religieuse joue le rôle d’interprète. Nous passons ainsi une bonne heure à échanger photos, cadeaux et quelques mots. Moukmany est particulièrement timide, à l’image des laotiens dont la froideur de façade cache souvent une extrême réserve. Tout le monde se quitte avec le sourire et de jolis souvenirs en poche.
Le lendemain matin, nous prenons de nouveau le bus en direction de VangVieng. La faune de jeunes australiens, américains et israéliens installée dans le car, laisse présager ce qui nous attend. Si la ville est réputée pour ses formations karstiques dans l’esprit de la baie d’Along, elle est également connue pour son sens de la fête et ses activités nautiques pleines d’adrénaline. Dans le bus, les garçons tatoués et bodybuildés côtoient des Barbie girls dans une ambiance à cent mille lieux des profils rencontrés jusqu’ici au sud du Laos. Soit ce sont des passionnés de schistes et autres matières minérales, soit ce sont de gros fêtards… allez savoir ?
VangVieng est vraiment atypique, comme si l’Etat Laotien avait voulu concentrer tous les vices dans une seule ville pour mieux les contrôler et éviter le syndrome Thaïlandais. Étonnamment, il n’y a aucun flic dans les rues, du moins en uniforme. On soupçonne certains jeunes en train de vomir sur le trottoir d’être en réalité des agents communistes infiltrés.
Pendant le trajet en bus, nous faisons la connaissance du seul couple français, Jérôme et Cécile, jeunes sudistes embarqués dans un tour du monde d’un an. Sans doute vous faites-vous la même réflexion que nous, à savoir que le Laos est un repère de tour-mondistes. Nombreux sont ceux qui font la boucle, Vietnam, Cambodge, Laos, Thaïlande, Birmanie, avant de s’envoler un peu plus loin.
A peine descendus du bus, nous tombons de nouveau sur Vincent accompagné cette fois d’Anne-Line. Décidément, on ne se quitte plus. Vincent cherche désespérément un tatoueur pour parfaire sa collection des pays foulés, gravés à jamais sur son pied avec l’alphabet local pour bien faire.
Nous nous retrouvons pour dîner, à refaire le monde, mais cette fois dans l’autre sens et voire même la tête à l’envers en fin de soirée.
Le lendemain matin, frais comme des kebabs, nous louons un scooter pour découvrir la région. Les routes sont défoncées et les erreurs d’aiguillage se payent chères. Notre 2 roues ne freine que de l’arrière et il faut se mettre debout sur la pédale de vitesse pour espérer rétrograder. Dans ces conditions, la journée s’annonce sportive en plus d’être poussiéreuse. Malgré cela, nous avons le doit à quelques belles rencontres comme ces jeunes filles de l’ethnie Hmong vêtues de leurs habits traditionnels.
La région est réputée pour ses grottes que l’on découvre en mode spéléo, mais notre claustrophobie et des conditions de parcours plus que précaires écourtent quelque peu nos visites. Ici les accidents ne sont pas rares et le mélange d’activités extrêmes comme la descente de la rivière assis sur une chambre à air de camion (tubing) et de substances narcoleptiques (l’opium est largement cultivé dans la région), provoquent régulièrement des accidents.
Les rues sont d’ailleurs remplies de jeunes amochés, bardés de pansements et cicatrices. D’autres sont simplement ivres de bonheur, voire souvent d’alcool et l’ensemble offre un tableau assez déplaisant…sans vouloir jouer les vieux cons ! Comme si VangVieng était une sorte de zoo rempli d’une jeunesse avide de plaisirs intenses, quelque soit le prix à payer.











bonjour à tous les deux,
Merci de vos descriptions et détails, on voyage avec vous. On vous souhaite une bonne fin de périple sans trop de péripéties.
Bises
Catherine
Par maloberti le 12/12/2010
à 15:25
La rencontre avec Mokmani, petite laotienne, qui grâce à vous, peut suivre la scolarité d’une petite fille de 10 ans, est une douceur parmi toutes vos péripéties … qui seront malgré tout de bons souvenirs !
Par Viviane le 12/12/2010
à 16:25
Heureux qui communiste a fait un beau voyage …
Félicitations à Laurent pour son geste et ce lien tissé avec Moukmany, la petite laotienne. Puisse t’elle un jour avoir le bonheur de lui rendre la pareille en venant Bd de Stalingrad (tiens tiens coincidence….). Une petite cachotterie bien sympathique ma foi, en as-tu d’autres comme cela des enfants cachés ?
C’est egalement étrange que dans ces pays très peu permissif à l’égard des citoyens ils y aient quelques ilots de débauches pour les âmes perdues …mais les devises qu’ils font rentrer sont souvent monnaie d’échange pour des biens importés de façon discrète …Notre Planète tourne comme elle le peut et nous avec…
Par Denise de Guidondendive le 12/12/2010
à 19:17
c’est avec beaucoup de plaisir que je retrouve votre trés belle façon de nous faire partager votre voyage. Merci, bonne continuation, je vous embrasse
Par Annick le 12/12/2010
à 20:05
Tant de souvenirs partagés me reviennent en mémoire à la reprise de la lecture de votre blog. Laurent, l’action menée en faveur de la petite Moukmany est un geste qui t’honore et dont la valeur des mots est faible pour l’exprimer.
Profittez bien des derniers jours sous le soleil du Laos car ici la neige tombe de nouveau. Je vous embrasse Christiane
Par christiane le 14/12/2010
à 17:42